Festival Jazz à la Villette du 1er au 12 septembre 2021

Supersonic © Edward Perraud et Thomas de Pourquery

Entretien avec Thomas de Pourquery : un voyage cosmique pour jazz à la Villette

interview

Parti il y a dix ans pour un voyage intergalactique à la rencontre de Sun Ra, la turbulente formation du saxophoniste français n’a pas atterri depuis. Elle dévoile à Jazz à la Villette Back to the Moon, troisième volet de ses aventures cosmiques présenté ici par son capitaine.   
Quand tu as monté Supersonic en 2011, tu envisageais que le voyage puisse durer aussi longtemps ?  

Non, vraiment pas. Il y a d’abord eu cet album Play Sun Ra, et après ça a été un vrai bonheur de voir que l’on prenait vraiment plaisir à jouer ensemble avec ce groupe (Laurent Bardainne, Fabrice Martinez, Arnaud Roulin, Frederick Galiay et Edward Perraud), ce qui a conduit à faire un deuxième puis un troisième album. Nous sommes tous des francs-tireurs dans cette formation, des bâtards assumés, on aime et on se nourrit de tas de musiques différentes. Chacun a ses projets personnels mais Supersonic représente cet espace où on ne s’interdit rien, où tout peut trouver sa place.  

L’Espace, le cosmos, c’est une source permanente de fascination pour toi ?  

Oui toujours, avec la cuisine c’est ce qui me fait rêver et me passionne. La musique, et particulièrement celle de Sun Ra, m’a amené à considérer l’Espace comme le lieu de tous les fantasmes, aussi parce que c’est quelque chose auquel on n’a pas accès mais que l’on peut observer d’en bas, où chacun peut y projeter ce qu’il veut. C’est aussi pour ça que Sun Ra continue d’inspirer autant de musiciens dans toutes les galaxies, bien au-delà du jazz. Même si on ne joue plus sa musique aujourd’hui, on se considère comme ses enfants, les enfants de son art, de son artisanat, y compris dans sa démarche politique autour de l’Afrofuturisme, donc je me sens comme un allié. Ce qu’il dit dans ses chansons, « there’s not limit to the things that you can do, to the things that you can be », ça donne de la force.  

Cette absence de limites, c’est aussi ce qui caractérise ce troisième volet ?  

Absolument, et ce sera encore plus le cas sur scène, où on n’hésite pas à faire exploser les morceaux de l’album. Avec ce disque, c’était la première fois que l’on faisait un vrai travail de studio, alors qu’auparavant on trimbalait nos micros et nos instruments dans des maisons, ce que j’aime faire depuis toujours. Là, on voulait procéder différemment car c’était aussi une occasion d’apprendre, en travaillant cet outil du studio tout en continuant à s’amuser. Le son est assez différent des deux premiers, et dans sa forme également, j’ai voulu que ce soit un véritable voyage, un album concept comme on disait autrefois, que l’on peut écouter d’une traite, avec des morceaux qui s’enchaînent et chaque titre qui est comme une planète que l’on visite.  

La période de confinement a augmenté encore ce désir d’évasion ?  

Oui, forcément, même si dans ce malheur nous avons eu de la chance car notre tournée était prévue pour se terminer en mars 2020 et nous savions que nous allions reprendre un an et demi plus tard. On reprend donc les concerts comme on devait le faire avant même d’apprendre l’existence du COVID. Les répétitions ont démarré lors du premier déconfinement, et ensuite on s’est retrouvés pour l’enregistrement et le plaisir en était décuplé.   

Parmi les nouvelles sonorités de l’album, il y a cette présence de musiciens congolais… 

Ce sont des amis musiciens que nous avons rencontrés en allant jouer au Congo. Il se trouve que je suis un grand amateur de rumba congolaise et ce fut une vraie rencontre d’amitié très forte. On a choisi de reprendre ce morceau de Caetano Veloso, « O Estrangeiro », qui est une ode à « l’étranger » dans toute sa splendeur, avec un message très simple de fraternité. J’ai un peu arrangé ce morceau en allant au Congo, car il y a eu deux millions de déportés congolais en Amérique du Sud et leurs enfants sont revenus au Congo avec la Rumba, ce qui fait que cette chanson de Veloso est assez symbolique de ce lien qui existe entre le Brésil, le jazz au sens large du terme et la musique congolaise. Le message de cette chanson, c’est celui de l’universalité et du bénéfice qu’il y a à rencontrer des gens qui ne nous ressemblent pas forcément.  

Il s’agit d’un sujet très brûlant actuellement…  

Oui, il faut le marteler haut et fort. Dire que les réfugiés qui risquent leur vie lorsqu’ils quittent leur pays, d’où qu’ils viennent et où qu’ils aillent, sont des gens qui doivent être au minimum écoutés, et que l’on se doit de les accueillir à bras ouverts au lieu d’en faire un sujet de peurs. Il faut sortir de cette parole incessante et épuisante à propos des étrangers. On est voués à tous se mélanger, alors faisons-le dans l’allégresse, que ce soit quelque chose de joyeux.  

Il y a aussi des morceaux plus pop sur ce disque, c’était une façon d’élargir un peu plus votre spectre ?  

J’ai autant été nourri par la pop et la variété que par le free-jazz, et un morceau comme « Yes yes yes yes » qui possède un couplet et un refrain correspond plus à cette culture de la pop. J’ai écrit ce disque en partant m’enfermer trois semaines en Bretagne, j’étais au début d’une grande histoire d’amour et je passais par toutes les couleurs de l’arc-en-ciel, ce qui a donné un morceau comme celui-là. Avec Supersonic, on répète un tas de morceaux et on voit ceux qui correspondent ou pas au groupe, il se trouve que cette chanson s’intégrait bien au reste.  

Thomas de Pourquery et Supersonic - Yes Yes Yes Yes

Thomas de Pourquery & Supersonic Yes Yes Yes Yes (musique et paroles par Thomas de Pourquery) premier extrait de l'album Back To The Moon, sorti en septembre 2021

Tu cites Barjavel, Fellini, pour l’influence sur les textes… 

Ce sont des gens que j’aime beaucoup, tout comme Audiberti ou Brigitte Fontaine. Même si je n’écris pas en français, j’utilise des images, des tableaux, plutôt que d’aller d’un point A à un point B, donc ce sont des artistes qui m’inspirent aussi pour ça. J’essaie également de travailler le son des mots, comment les faire résonner avec telle mélodie, telle tessiture.  

Qu’est-ce qui va se passer sur scène à Jazz à La Villette ?  

On va célébrer la sortie de cet album, donc ce concert tournera exclusivement autour de ça, pour le faire découvrir au public et pour offrir à tous les gens qui ont participé au disque une grande fête et un moment de partage avec ceux qui nous suivent depuis le début.   

Thomas de Pourquery & Supersonic - JOY

Thomas de Pourquery & Supersonic JOY (composé par Thomas de Pourquery) deuxième extrait de l'album Back To The Moon, sorti en septembre 2021

Propos recueillis par Christophe Conte.

Album Back to the Moon, sortie le 17 septembre sur Lying Lions Productions   

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