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Richard Bona
© R. Meek

Trois concerts et quatre films pour célébrer Cuba

Cuba est cette année à l’honneur avec un hommage à Celia Cruz rendu par Angélique Kidjo accompagnée du percussionniste Pedrito Martinez, la venue exceptionnelle du Spanish Harlem Orchestra, le Mandekan Cubano de Richard Bona et une sélection de quatre films au mk2 Quai de Seine.

Concerts

1. Richard Bona & Mandekan Cubano

Le 2 septembre à la Grande halle

L’histoire des esclaves d’Afrique de l’Ouest débarqués à Cuba et celle de ces musiques cubaines de retour, arrivées sur les côtes africaines par la voix des marins, est au cœur de la musique portée par Richard Bona et le groupe de virtuoses de La Havane, Mandekan Cubano. Bona est un immense bassiste, un héritier direct de Jaco Pastorius. Fils de chanteuse et petit-fils de griot, c’est aussi une voix singulièrement douce qui métamorphose la Negra Tomasa (tant chantée par Compay Segundo mais aussi par de nombreux salseros) en « Aka Lingala Té » avec la magie d’une baguette qui ressemble à une plume. Un héritage afro-cubain mêlant musiques traditionnelles et jazz, tout en groove et en subtilité, chanté en Dioula. Le piano d’Osmany Paredes, les percussions des cousins Quintero, Luisito et Roberto, la batterie de Ludwig Afonso, le trombone de Rey Alejandre et la trompette de Dennis Hernandez enlacent avec précision un chant planté comme un baobab sur son continent natal.

Richard Bona & Mandekan Cubano - Jokoh Jokoh

2. Spanish Harlem Orchestra

Le 6 septembre à la Cité de la musique

Avec sa section de cuivre d’une efficacité redoutable, ses chœurs soudés comme un seul homme, voici la salsa dura comme on l’entendait dans les seventies, portée par des instrumentistes virtuoses. Depuis une quinzaine d’années, le bien nommé Spanish Harlem Orchestra (SHO) perpétue la tradition de la salsa comme elle était jouée à ses débuts dans le quartier new-yorkais de Spanish Harlem. Avec ce « SHO », les cuivres incendient tout sur leur passage, les percussions secouent les corps (avec le timbalero mythique Luisito Quintero) et les voix du Portoricain Jeremy Bosch, de l’Équatorien Marco Bermudez et du Costaricien Carlos Cascante n’ont plus qu’à célébrer le caractère festif d’une musique faite pour la scène. Emmené par le pianiste Oscar Hernández, son fondateur qui travailla avec les légendes Tito Puente, Ray Barretto et Celia Cruz, le collectif peut se targuer d’être l’ambassadeur le plus fidèle de cette salsa vivante, intègre mais loin d’être intégriste… car pour mémoire c’est ce Spanish Harlem Orchestra qu’on entendait sur une musique de Ruben Blades sur l’album Causes perdues et musiques tropicales de Bernard Lavilliers, en 2010.

Spanish Harlem Orchestra - Sacala Bailar

3. Angélique Kidjo Hommage à Celia Cruz feat. Pedrito Martinez

Le 6 septembre à la Cité de la musique

Comme elle l’avait déjà fait pour deux autres de ses idoles, Miriam Makeba et Nina Simone, la béninoise née à Ouidah Angélique Kidjo rend sa célébration originale à la grande Celia Cruz, reine de la salsa disparue en 2003. Angélique est épaulée ici par le conguero rumbero qu’est Pedrito Martinez. On avait déjà pu entendre leur véhémente rencontre sur le projet Habana Dreams, disque de ce dernier, réalisé en 2016 où il l’avait invité. Du Bénin à Cuba, le chemin des migrations ancestrales dessine là son plus beau retour. En célébrant la grande chanteuse Celia Cruz, Angélique Kidjo se penche sur son rapport aux musiques afro-latines, son lien au vodou, les cousinages avec la santeria, le dialogue des peaux et des fûts que constituent ces rythmiques historiques. En conservant son identité musicale intacte, la chanteuse aux trois Grammy Awards insuffle sa puissance et son énergie, déplaçant plus loin encore les frontières dudit latin jazz

Angelique Kidjo’s CELIA CRUZ Tribute with Pedrito Martinez

Cinéma

1. Cuba Feliz, de Karim Dridi (2000)

Le 2 septembre à 10h45

C’est le film de la période où tout Cuba fantasme sur l’étranger, où « no es facil », « la lucha » font partie de ces mots échangés à voix basse au sein desquels chacun se reconnaît. C’est le Cuba des projets et promesses venues d’outre-Atlantique qui augurent un nouveau rêve musical. Un réveil d’anciennes formes aussi comme le punto, le changuï ou la Trova, sérénades, chansons de troubadours écrites dans les années 1920 ou 1930. Karim Dridi écrit là un road movie musical, de La Havane à l’Oriente, la région de Santiago de Cuba, contreforts de la révolution et vivier de musiciens unique au monde. À travers la déambulation de ce chanteur répondant au doux nom de Gallo, embarqué, comme dans un rêve, à arpenter l’île, guitare à la main, au gré de rencontres aussi puissantes que joviales, c’est l’occasion de fédérer pas mal de personnages croisés çà et là dans d’autres projets de l’époque. À Manzanillo, au milieu des joueurs de baseball, le grand chanteur Candido Fabré improvise un quatrain à l’honneur de Gallo. On continue vers Santiago, terre de tant de soneros et troubadours fameux comme Compay Segundo, Miguel Matamoros, ou Sindo Garay. Notre chanteur Gallo est accueilli comme il se doit dans cette région avec un aréopage de musiciens et personnages comme Zaita Reyte, Almenares ou Anibal (respectivement reine de la trova, Almenares fils du grand compositeur, et jeune trompettiste prometteur qui avaient été rassemblées déjà dans le sublime projet Casa de la Trova), Cambro,n chanteur du Changui, les trompettistes, Paysan, Pepin Vaillant et tout ce petit monde, donnent de la magie dans la rencontre avec Gallo et la Camera de Dridi, rivée sur le mode émotionnel.

Bande-annonce Cuba Feliz

2. Chico & Rita, de Fernando Trueba et Javier Mascal (2010)

Le 3 septembre à 10h45

Immersion dans le Cuba de la pré-révolution, hommage à la diversité de la musique cubaine, au voyage de l’afro latin jazz, à l’aventure Buena Vista Social Club et nombreux clins d’oeil à celle du pianiste exilé Bebo Valdes, le tout à l’aune d’une épopée sentimentale singulière, ce film d’animation de Fernando Trueba et Javier Mariscal a été moultes fois primé depuis sa sortie en 2011. L’animation est somptueuse et côté musique, c’est un pur bonheur. Fernando Trueba (réalisateur du disque Lagrimas Negras qui voit la rencontre entre Bebo Valdes – pianiste cubain exilé 40 ans en Suède – et le chanteur de flamenco Diego el Cigala) a fait jouer la plupart des parties de piano à Bebo, son protégé qui a déjà quelque 93 printemps pour ces enregistrements. Pour le reste, l’utilisation des archives originelles de Chano Pozo, de Charlie Parker ou de Dizzy Gillespie étant un casse-tête de gestion des sons, le parti pris a été de faire jouer Yaroldi Abreu dans le style de Chano Pozo, Mike Mossman dans celui de Dizzy Gillespie, ou Germán Velazco pour Parker lors de plusieurs mois d’enregistrements de La Havane à New York en passant par Madrid.

Bande-annonce Chico & Rita

3. 7 jours à La Havane (2012)

Le 9 septembre à 10h15

Film de commande de 2012, avec unité de lieu : la ville de La Havane. 7 jours, 7 réalisateurs : Benicio del Toro, Pablo Trapero, Julio Medem, Elia Suleiman, Gaspar Noe, Juan Carlos Tabio et Laurent Cantet comptent leur visions singulières, furtives, swinguantes de paradoxes, de désirs, de fierté de cette insularité baroque et unique au monde, étouffée et fière, mais mue de l’impérieux besoin d'ailleurs. Portrait d’une ville à la charnière de son histoire, un monde en transition. Autant de situations rocambolesques et quotidiennes qui respirent la musique, avec des personnages hauts en couleurs et des surprises, comme notamment Elia Suleiman ou Emir Kusturica en acteurs. 

7 jours à La Havane (extrait 6)

4. Musica Cubana, de German Kral (2004)

Le 10 septembre à 10h45

Voilà la relève de la jeune génération de musiciens. On s’oriente vers l’electro, le funk ou le rap, mais aussi vers un jazz très virtuose qui a reçu l’empreinte indélébile de Miles Davis et de Charlie Parker, la timba, le reggaeton où toutes ses formes urbaines qui ont le génie de ne pas renier les racines traditionnelles insulaires, l’apprentissage et l’efficacité des enseignements des conservatoires du chaudron musical cubain proposant un apport sans précédent à la musique mondiale. C’est Pio Liva qui fait le go-between, associé à d’autres rencontres, chauffeur de taxi, ou coiffeur. Un petit monde qui finira sa course à Tokyo, lors d’un concert mémorable. Film du futur qui donne l’élan à cette génération, à l’ancrage unique, et assoiffée d’un monde nouveau.

El Nene - Fiebre de ti (Musica Cubana)

Emmanuelle Honorin

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